Droit patrimonial de la famille et de l’immobilier
Un an après la fin du Pinel, le marché de l’investissement locatif attendait un nouveau souffle. Promoteurs, investisseurs et ménages en recherche de logements étaient suspendus à l’annonce d’un mécanisme capable de redonner de la visibilité fiscale au secteur.
Le dispositif Jeanbrun vient aujourd’hui s’inscrire dans ce contexte.
Mais les interrogations demeurent et elles sont légitimes : comment continuer à investir dans l’immobilier locatif sans perdre en attractivité fiscale ? L’amortissement peut-il réellement remplacer une réduction d’impôt ? Les contraintes seront-elles plus souples ou simplement différentes ? Et surtout, ce nouveau cadre correspond-il à votre situation patrimoniale, à votre niveau d’imposition, à vos objectifs à long terme ?
Le dispositif Jeanbrun arrive avec une promesse claire : redonner un cadre lisible à l’investissement locatif, en s’appuyant, non plus sur une réduction d’impôt, mais sur une logique d’amortissement.
Sur le papier, l’approche séduit.
Dans la pratique, elle exige une lecture plus fine : quel type de bien ? quelle durée d’engagement ? quel niveau de loyers ? quelle cohérence avec votre stratégie patrimoniale globale (résidence principale, autres biens, projets familiaux) ?
Car un dispositif fiscal n’est jamais une stratégie à lui seul. Et c’est souvent là que le notaire intervient : non pas pour “vendre” un mécanisme, mais pour sécuriser un projet, vérifier sa cohérence et éviter qu’une bonne idée sur le papier devienne une contrainte coûteuse dans la réalité.
|
➡ Bon à savoir Intégré à la loi de finances pour 2026, le cadre législatif du dispositif Jeanbrun est désormais voté. Toutefois, sa mise en œuvre opérationnelle reste suspendue à la publication des décrets d’application attendus d’ici fin mars, qui viendront préciser ses modalités concrètes. Le dispositif est prévu pour s’appliquer aux investissements réalisés jusqu’au 31 décembre 2028. |
Le Pinel fonctionnait selon un principe simple : une réduction d’impôt calculée sur le prix d’acquisition du bien, étalée dans le temps.
Le Jeanbrun repose sur une autre mécanique : une partie du prix du logement pourra être amortie fiscalement, c’est-à-dire déduite progressivement des revenus fonciers imposables.
La différence est fondamentale.
L’impact dépend donc :
Autrement dit, l’effet fiscal n’est pas uniforme. Il est personnalisé.
Au-delà du mécanisme fiscal, c’est peut-être la logique de l’investisseur qui évolue.
Le Jeanbrun semble davantage s’inscrire dans une approche patrimoniale structurée que dans une optimisation ponctuelle.
Il peut notamment intéresser :
Cela ne signifie pas qu’il soit réservé aux investisseurs expérimentés. Il s’inscrit davantage dans une logique de gestion patrimoniale durable et suppose une réflexion globale.
Le cœur du dispositif Jeanbrun repose sur un mécanisme d’amortissement fiscal du bien immobilier.
Concrètement, une fraction du prix d’acquisition pourrait être amortie chaque année et venir diminuer le revenu foncier imposable.
Selon les éléments publiés et connus à ce jour :
Le dispositif prévoit par ailleurs des plafonds annuels d’amortissement :
L’économie fiscale dépend donc directement :
| ➡ Bon à savoir L’amortissement s’ajoute au régime classique des charges et peut générer, le cas échéant, un déficit foncier imputable, dans les limites habituelles prévues par la loi. |
L’avantage fiscal est encadré par des conditions précises :
Bonne nouvelle : l’absence de zonage géographique, rendant le dispositif applicable sur l’ensemble du territoire.
Le regret : ce dispositif n’est applicable qu’à un achat dans le neuf, voire à un achat dans l’ancien avec rénovation lourde.
Attention : la transmission par voie de donation ne semble pas possible. Le texte permet seulement une reprise de l’engagement en cas de décès. Nous attendons les précisions de la part de l’administration.
Par ailleurs, les amortissements pratiqués doivent être réintégrés en cas de revente pour le calcul de l’impôt sur la plus-value immobilière. Cela fait augmenter l’impôt dû, mécaniquement.
Mais attention, un avantage fiscal ne compense jamais :
| ➡ Réflexe à avoir Avant toute signature, analysez le marché locatif réel et la cohérence du loyer plafonné avec la demande locale, pas uniquement l’économie fiscale annoncée. |
Imaginons Claire et Romain, 44 et 46 ans, vivant près d’Aix-en-Provence. Ils déclarent déjà 15 000 € de revenus fonciers annuels issus d’un premier investissement locatif. Ils envisagent l’achat d’un appartement neuf à 310 000 €.
Si le dispositif s’applique :
Si Claire et Romain sont imposés à 30 %, un amortissement de 8 000 € (s'ils achètent dans le secteur intermédiaire), pourrait représenter environ 2 400 € d’économie d’impôt annuelle (hors prélèvements sociaux), sous réserve du respect des plafonds et des textes définitifs.
Ils analysent :
L’économie fiscale n’est pas le seul critère à prendre en compte ; la solidité patrimoniale prime.
Trois questions doivent impérativement être traitées avant toute signature :
1. La location pourra-t-elle être tenue pendant 9 ans ?| ➡ Bon à savoir Un dispositif fiscal mal anticipé peut générer des régularisations coûteuses en cas de rupture d’engagement. La sécurisation en amont est déterminante. |
Le notaire n’est pas un prescripteur fiscal. Il est un garant juridique et patrimonial.
Dans le cadre d’un investissement Jeanbrun, il peut :
✔️ analyser votre situation fiscale globale,
✔️ vérifier la cohérence avec votre stratégie patrimoniale,
✔️ anticiper les effets en cas de volonté de transmission ou de divorce,
✔️ sécuriser les engagements locatifs,
✔️ structurer l’acquisition (nom propre, SCI, démembrement).
|
Élément clé |
Données à retenir |
|
Nature de l’avantage |
Amortissement fiscal (et non réduction d’impôt) |
|
Base amortissable |
80 % de la valeur du bien |
|
Taux annuel |
3,5 % à 5,5 % selon le niveau de loyer |
|
Plafond annuel |
8 000 € / 10 000 € / 12 000 € |
|
Durée d’engagement |
Location obligatoire pendant 9 ans |
|
Type de location |
Location nue, résidence principale |
|
Encadrement |
Plafonds de loyers et de ressources |
|
Biens éligibles |
Logements collectifs neufs ou anciens rénovés (travaux ≥ 30 %) |
|
Déficit foncier |
Imputable dans la limite de 10 700 €/an |
|
Période d’application |
Investissements réalisés jusqu’au 31 décembre 2028 |
Non. Mais il suppose une réflexion plus structurée que les anciens dispositifs basés sur une simple réduction d’impôt.
Non. Le locataire ne doit pas avoir de lien de parenté avec le bailleur.
Sous réserve des textes définitifs, le cumul est encadré. Une analyse personnalisée est indispensable.
Des régularisations fiscales peuvent intervenir. Les modalités exactes dépendront des décrets d’application.
À ce stade, il vise principalement les logements collectifs (appartements) neufs ou anciens avec rénovation lourde.
D’autres questions ? Votre notaire vous informe.